Ancienne prison de Béziers

13 Fév 2017

Les participants

  • CALL Danielle
  • CAMILLERI Joseph
  • DELOUR François
  • DOUMENC Jean
  • ESCANDE Jean-Marie
  • JULIEN Alain
  • MARTINEZ Jean-Vincent
  • MOULIS Elise
  • NITUS Jean-Pierre
  • PATROUIX Françoise
  • RAGONNAUD Jean-Claude
  • RIUS Bernard
  • ROQUES André
  • SANCHEZ Marie-Paule
  • SOULET Maurice
  • VOËT Irénée

Publication ISSUU

Vous pouvez lire la publication sur l’ancienne prison de Béziers ICI

L'ancienne prison de Béziers

Après la visite de la cathédrale Saint Nazaire de Béziers qui a pour signification grandeur et spiritualité le groupe UTT photo est parti faire un reportage sur la prison voisine construite en 1857 et désaffectée en 2009.

Immeuble insalubre laissé à l'abandon depuis quinze ans il est le témoin de l'état carcéral de notre pays au XIX et XX siècle. Manque d'aération, humidité, exigüité des cellules et des lieux de promenade, voilà les qualificatifs que l'on peut donner à l'univers carcéral de cette époque. A cela devait s'ajouter le bruit et la surpopulation rendant le milieu particulièrement hostile.

Mais il faut resituer le problème dans son époque, car le projet de la construction d'un centre pénitencier avec isolement cellulaire en 1843 a été considéré par la population comme « luxueux, ultra-moderne et très onéreux ». Il était en effet uniquement financé par le département. Il remplaçait alors de vastes pièces particulièrement insalubres situées dans la rue de la Malapague et construites au XII siècle.

Puis la prison va s'agrandir car par décret de la loi du 24 juin1939 elle accueille la guillotine pour les trois départements de l'Hérault, de l'Aude et du Gard.. Neuf détenus y furent exécutés. Les deux dernières exécutions eurent lieu en 1949. Il s'agissait de René Fournial et de Hubert Véves. Ces deux hommes avaient attiré le docteur Marius Bonneton dans un guet-apens pour le voler et le tuer. Cette affaire avait fait grand bruit dans la presse. Le père de la victime avait demandé à être présent au moment de l'exécution ce qui lui fut accordé. Cela a-t-il diminué sa peine ? nul ne le sait mais j'en doute.

En passant dans la petite cour intérieure entre la prison et la cathédrale le 13 février 2017 il faisait un vent glacial et je pensais qu'en ces lieux s'élevaient les bois de justice… La magnifique chanson de Léo Ferre « ni Dieu ni Maitre » composée pour l'abolition de la peine de mort m'est revenue à la mémoire.
     Le fardeau blême qu'on emballe
     Comme un ballot sous les étoiles
     Et cette rose sans pétales
     Qui tombe froide sur la dalle.

Bigre !! voilà qui n'est pas très réjouissant

La visite montre qu'il s'agit d'un bâtiment en forme De T situé sur le plan des albigeois avec une superficie totale de 2500 m2 répartie en trois niveaux, chaque niveau comprenant 18 à 20 cellules ainsi que des logements administratifs et des salles réservées aux surveillants.

La surpopulation y était constante, 48 places était la norme mais jamais l'effectif ne fut au-dessous de 106et allant parfois jusqu'à 300 (6 par cellules !!)

Sur les murs des cellules les graffitis des prisonniers posent question. Dans un français approximatif l'on ressent la révolte et parfois la haine de la société et de sa justice. La prison est-elle adaptée pour punir les délinquants ?vaste problème-Pour en avoir discuté personnellement avec Jean Marc Rouillan (membre d'Action Directe qui a passé plus de 30 ans dans les Q H S) il semblerait que la détention soit contre-productive. Mais que proposer ? Le problème de fond est que les personnes puissent avoir conscience de leurs méfaits mais cela semble parfois impossible.

Dans quelques cellules on trouve aussi des photos de femmes nues qui servaient de fantasmes sexuels aux prisonniers

Par hasard dans le sous-sol j'ai trouvé une cible criblée de balles, celle-ci devait servir d'exercice de tir aux gardiens ? Quelle violence dans ces décombres !

Poursuivant ma visite à l'étage supérieur j'accédai à un chemin de ronde.On y découvrait d'un côté des chevaux de frises et des barrières électriques et de l'autre côté dans un contraste saisissant la magnifique plaine de l'Orb jusqu'à la mer. Quelle tentation pour les détenus...

J'apprends dans le journal Midi Libre que cette prison sera probablement transformée en un hôtel de grand luxe. Je souhaite que l'on conserve une petite parcelle de la prison pour que ce témoignage architectural montre aux nantis qui profiteront de ce luxe qu'ils sont eux aussi héritiers d'un monde où se côtoient la spiritualité symbolisée par la cathédrale et aussi la détresse et l'horreur symbolisée par la prison

© François DELOUR
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